dimanche 3 mai 2020

Le grand retour


Reprenons le fil...
Cela fait un bon moment que je n'ai rien écrit ici. J'avais un peu délaissé ce blog pour d'autres activités, d'autres envies.
Et puis voilà, ça me reprend.
Peut-être un effet du confinement, qui à nouveau me donne envie de raconter le quotidien de mon métier. 

Tri de l'aubépine séchée : dans l'idéal on récolte sur les bois de l'année afin d'éviter un maximum les "branchettes",
mais il en reste toujours, alors à l'ombre du mûrier, on trie jusqu'à obtenir un joli produit.

Ici nous ne sommes pas "en guerre", contre  le vivant. Il n'y a pas d'ennemis, pas d'herbes "mauvaises", d'insectes "ravageurs". Le temps n'est pas celui que l'on voudrait nous imposer, mais le rythme des saisons, ponctué par le débourrement des bourgeons, l'éclosion des fleurs, l'arrivée ou le départ des migrateurs, la course du soleil ou bien l'éclatement d'un orage.

Où que se tourne le regard, c'est une loi bien autrement plus profonde que celle que nous font subir nos gouvernants, qui régit les journées. Tant de fois, alors que je vaque à mes occupations, je me dis que j'ai la chance à travers ces gestes, si anciens et emprunts de sens, de pouvoir sentir. 

Récolte de l'Aubépine : je fais le tour des haies des prairies qui m'entourent, car c'est ce milieu qu'elle affectionne.

De me sentir vivante. Avec tout ce que ça implique. La douleur d'une épine. Les brûlures du soleil. La caresse d'une brise, ou le fouet du mistral. La fatigue. L'émerveillement. Les pierres qui roulent sous les chaussures. La peur de ne pas retrouver son chemin quand la nuit tombe. Le froid qui mord, et la simplicité de faire un feu lors d'une pause.
Toutes ces sensations qui peu à peu disparaissent de nos vies, jusqu'à les vider entièrement de leur essence. Jusqu'à nous vider nous aussi, comme si la nature était quelque chose d'extérieur à nous, mais alors de nous que reste-t-il? 
Où est notre vitalité? Celle qui nous permet d'agir sur le monde, plutôt que d'errer, fatigués et cernés, l'échine courbée?

Dans mon métier, je suis un animal comme les autres.
Pas plus, pas moins.





Le fait de cueillir des plantes sauvages, et ne pas être seulement "agricultrice", me nourrit énormément. Car c'est un tout autre rapport que de chercher à tirer profit de la terre en la cultivant, même respectueusement. En cueillette, on se rappelle qu'on peut vivre sans exploiter ni dominer quiconque ni quoi que ce soit. 


Tri du sureau avant séchage, résultat une fois sec.

Sur la ferme, c'est le temps des cueillettes de printemps, des semis, des plantations.
Après un début de printemps très sec, la pluie très attendue a fini par arriver. Chaque année la même rengaine, les cueillettes se succèdent, les journées rallongent, on s'émerveille de la beauté du mois de mai comme si c'était le premier. On retrouve les gestes, rouillés de la saison précédente mais qui reviennent vite.


Les jardins qui s'éveillent.


Des journées fatigantes et bien remplies. Parfois des doutes, de la lassitude, l'envie de faire un peu autre chose, mais jamais d'ennui. 





mardi 31 juillet 2018

Lavande et compagnie




  C'est une des dernières cueillettes de l'été, avec l'Origan à la Sarriette. Cette année, je pars la chercher bien haut, à environ 1800 mètres d'altitude car je suis un peu en retard. La reine de notre Provence, bien loin des champs de lavandins bling bling où des hybrides poussent bien dans le rang, elle s'épanouie en altitude, sur des coteaux bien exposés. 

Elle n'a besoin de personne, et pourtant, chaque année elle est là. La lavande vraie sauvage.

On s'incline pour la cueillir, car on a pas affaire à n'importe qui mais à une plante médicinale majeure. Si tout le monde croit connaître la lavande, peu la connaissent en réalité tant la lavande vraie se différencie du lavandin par  son parfum, sa finesse, sa saveur, et ses propriétés médicinales exceptionnelles.



    Notre petite équipe équipée de faucilles et draps part arpenter la montagne. Cette cueillette est physique, et même s'il fait bien plus frais qu'en bas il ne faut pas compter avoir de l'ombre pendant la cueillette. Les draps de plantes pèsent lourd est c'est à flanc de coteau qu'il faut grimper, grimper encore parmi les cailloux, les sarriettes, enivrés par le parfum de la lavande, les doigts noircis par son huile essentielle. Malgré la fatigue, une sensation de liberté unique.
 Nous en redescendrons 150kg frais, qu'il faudra encore sécher, battre puis tamiser afin de ne garder que les fleurs d'un bleu profond.

Entre deux journées de cueillette, il est important de trouver un endroit confortable pour camper! Si en plus le lieu est carrément magique, remerciez la vie, sautez dans l'eau, mangez un bout et allez vous coucher!

   Pendant ce temps, la récolte des plantes cultivées bat son plein aux jardins.
Deuxième coupe de menthe, de mélisse, de verveine, d'estragon. Cueillette des fleurs : mélilot, mauve, calendula, hysope, camomille romaine.

   Les draps de plantes sèches attendant d'être effeuillées ou mondées s'amoncellent. Les sacs de plantes s'entassent dans l'atelier. C'est le moment le plus difficile de la saison, il fait chaud, la fatigue se fait sentir et pourtant il faut tenir encore un peu.

  Chaque orage est le bienvenu, chaque pause à la rivière également.

Fleurs de mélilot
Hysope et calendula







mardi 26 juin 2018

L'heure du tilleul

Magnifique compagnon pour trois jours de cueillette

    L'heure du tilleul n'attend pas. Une semaine tout au plus en suivant les arbres et leur exposition. Après il faudrait monter, suivre les floraisons en montagne. 


A l'aide d'une échelle à olive pour les premiers étages de l'arbres, ou d'une grande échelle pour les étages supérieurs, les bractées sont ramassées par poignées. Avant de ranger les bractées dans la saquette-un sac de toile que l'on porte à la taille ou que l'on accroche à l'échelle- on retire les feuilles ou les branches que l'on aurait attrapé avec les fleurs.
Régulièrement, il faut vider la saquette dans de grands draps disposés à l'ombre. Je ramasse environ trente kilos de fleurs fraîches par jour, mais il est rare que je fasse des journées entières de cueillette car il est difficile et peu agréable de tenir une longue journée en permanence sur une échelle.

    La cueillette du tilleul est rarement une cueillette solitaire. Cet arbre tient compagnie à l'Homme depuis si longtemps que bien souvent je vais cueillir le vieux tilleul de la ferme, de la maison, de la place. Si d'habitude les gens me regardent avec étonnement quand je suis en cueillette, quand vient l'heure du tilleul les regards s'éclairent de suite. "Oh vous cueillez le tilleul, quand j'étais petite nous le ramassions avec les autres enfants pour gagner trois sous, on nous l'achetait trois francs le kilo".

  Les bourras (grands draps de jute) remplis de tilleul dans les greniers, les collecteurs qui négociaient le prix des fleurs, l'infusion du soir partagée en famille, les souvenirs fusent. Les histoires se racontent. Ce qui est certain, c'est que le tilleul veille toujours sur nous et profite encore de notre affection profonde.
Cueillette du matin

s'en va au séchoir.

"En suspend,
Étrangère dans un pays qui n'est pas le mien
Accueillie par le bruissement des feuilles
par les bourdonnements du peuple de l'air
Je saisis les bractées par poignées.

En cet instant, quiconque me parlerait
troublerait mon geste.
Sauf cette vieille femme qui me conte et me raconte d'en bas
la même histoire.

C'est elle qui a planté il y a de cela plus de trente ans
ce tilleul dans lequel je me meus.

En équilibre sur deux branches
qui balancent au rythme du vent
Les mains collantes de miellat,
J'ai conscience que le plus grand luxe
que m'ait octroyé la vie
est d'avoir le temps, et l'espace
pour penser."


Merci à Aline, compagne de cueillette, pour les photos ;-)

dimanche 3 juin 2018

Entre deux averses

Courir pour cueillir entre deux averses,
Scruter le ciel et la météo,
Apprécier tout de même de n'avoir toujours pas commencé d'arroser quoi que se soit, au mois de juin, en Provence.

     Je vois à peine le bout des cueillettes de printemps. Bourgeons de pin, thym, coucou, aubépine, coquelicot, ronce, framboisier, sureau, frêne, je vais, je viens ici et là. Cette année, les cueillettes sont intenses. Beaucoup de plantes ont démarré en même temps, et il pleut beaucoup. La pression est à son maximum pour réussir à trouver toutes les plantes. Je me retrouve à devoir chercher de nouveaux lieux de cueillettes plus haut en altitude pour trouver celles que je n'ai pas eu le temps de cueillir plus bas.
Les pins sylvestres ont démarré tard cette année, et sur mon lieu de cueillette habituel les arbres avaient tellement souffert de la sécheresse que les bourgeons étaient minuscules. Après plusieurs jours de recherche, j'ai fini par trouver une magnifique jeune pinède aux bourgeons nombreux, vigoureux et plein de résines.  Plus de vingt kilos de bourgeons frais c'est ce qu'il me fallait ramasser pour obtenir 12 kilos de bourgeons secs. Bien contente d'en avoir terminé!
La récolte des bourgeons de pin est un long et minutieux travail. Ici, on voit bien le bon stade de récolte. A gauche les bourgeons ont commencé s'allonger mais sont encore bien fermés et font moins de 2,5cm. A droite, c'est trop tard, les bourgeons s'épanouissent pour libérer leur pollen.
Parfois on y croit plus, et c'est à ce moment là qu'on trouve ce qu'on cherche, et parfois même ce que l'on ne cherchait pas.
C'est ce que je me suis dit en travaillant avec cette vue sur le lac de Sainte Croix.
   Malgré les aléas de la météo et des saisons, je suis quand même très contente cette année. Je me sens à l'aise. Pour la première fois peut-être j'ai en tête le déroulé de ma saison et je suis sereine. 

L'année dernière, au 20 avril les prairies de ce même lieu étaient jaunes de coucou. Cette année, au 10 mai, il n'y avait presque rien encore. Malgré tout retrouver la montagne est toujours une grande joie. Et puisque les coucous sont encore fleuris en juin, c'est bientôt le moment d'y retourner!
    Malgré tout, il y a beaucoup de travail, et la fatigue accumulée de ces dernières années se fait sentir.
   En plein mois de mai, mon épaule gauche me lâche victime d'une mauvaise tendinite. Impossible de lever le bras ni de faire le moindre mouvement. Si je reprend peu à peu le travail malgré tout, je remercie de tout cœur toutes celles et ceux qui ont été présent-e-s pour me soutenir dans ce moment difficile.

 Souvent, les personnes que je rencontre ont une vision qui relève du fantasme de ce que peut être le métier de producteur-cueilleur de plante. Malgré tout l'amour que j'ai pour mon métier, il n'en reste que c'est un travail très physique avec de nombreux gestes répétitifs et des positions souvent inconfortables, surtout en cueillette.

La cueillette des fleurs à commencé et les claies du séchoir se colorent : roses, mauves, coquelicots. Je suis très fière d'avoir explosé mon record de coquelicots cette année : 3kg secs!!! Autant dire des heures, et des heures de cueillette ( la seule chose que je pouvais faire avec cette foutue tendinite! )
   Maintenant que les cueillettes de printemps se terminent tranquillement avec le tilleul, il est temps de reprendre en main les jardins! Désherbage, beaucoup de désherbage (merci la pluie!), débroussaillage, paillage, dernières plantations. Et puis les premières coupes pour les mélisses, les menthes, et bientôt la verveine.

Aline en stage à la ferme m'aide à pailler les verveines. En haut à droite : les différents bourgeons en cours de macération. En bas à droite : jour de pluie-jour de tri. Après avoir séché les bourgeons de pin, je les passe au tamis avant de finir à la main afin d'enlever les aiguilles.
La mélisse commençait à avoir une maladie fongique. Une bonne pulvérisation à base d'huile essentielle d'origan et de laurier et le problème est réglé. Soigner les plantes par les plantes.
    Les draps chargés de plantes sèches attendant d'être effeuillées ou tronçonnées* s'amoncellent dans l'atelier et occupent les journées pluvieuses.

   Je ne sais pas comment finir ce billet. Peut-être parce qu'il n'y a pas de fin. Peut-être parce que demain le soleil se lèvera, j'accompagnerai mon fils à l'école, puis je rejoindrai les tilleuls en fleurs. Les jours défileront, laissant derrière eux des fleurs fanées et devant des boutons prêts à éclore.



 *entendre coupées en tronçon d'environ 1cm pour l'herboristerie.
Le deuxième séchoir tourne à plein régime, 24h/24. A gauche chargé de mélisse, à droite de menthe marocaine. Et on a pas a pas fini!         Spécial merci à Aline en stage à la ferme qui est devenue une spécialiste en chargement et déchargement de séchoir ;-)

mercredi 7 mars 2018

Printemps en vue !





   
     L'hiver arrive déjà à sa fin et je me rend compte que cela fait bien longtemps que je n'ai pas écrit ici. Il fallait bien ce bel hiver, ce vrai hiver, bien froid pour tout remettre à plat. 
C'est là, au chaud près du poêle, avec du temps pour penser, que j'ai décidé de quelques changements pour la saison 2018.

   Une envie de revenir à l'essentiel, à ce que j'aime le plus : être dans les champs, et partir en cueillette. Cette année, j'arrête de transformer, de conditionner et de vendre au détail pour me consacrer entièrement aux plantes. Un vrai soulagement, je me sens dans mon élément, l'esprit plus léger. Je sais ce que j'ai à faire. 

   Cette décision a permis de re-penser l'organisation de la ferme. Et nous voilà deux! Pauline a rejoint la ferme, et travaille essentiellement sur la transformation, le conditionnement et la commercialisation des produits. Dans un prochain article, vous aurez une présentation digne de ce nom! Bienvenue Pauline, mon amie!
Cueillette du romarin.
   La saison a commencé doucement au mois de février avec la cueillette du romarin, plus de 200kg de romarin frais ramassé, pour 50kg de romarin sec, battu et trié. Je retrouve la colline, contente de me dégourdir les jambes. Mais...il faut faire vite. Je ne me pressais pas en pensant "c'est l'hiver", mais le romarin est déjà presque en fleurs.
Cueillette et mondage du laurier sauce. Les branches sont coupées et cueillies en vrac au sécateur, puis sont effeuillées à la main.
    Avec tous ces nouveaux projets, c'est bien beau, mais cela demande de produire et cueillir beaucoup, beaucoup plus de plantes. Mon séchoir ne suffit plus. Il en faut un deuxième, et tant qu'à faire, un séchoir performant qui me permette de sécher rapidement de grosses quantités de plantes, même fragiles au séchage. Coup de bol, je trouve un séchoir SERTT d'occasion, il n'a servi que deux saisons, il est parfait, il est pour moi! Mais il est loin... et il est gros.
C'est là que je remercie tous les copains et les copines qui m'ont aidé à mener à bien la mission "rapatriement" du séchoir. C'était pas gagné!
Non, c'était pas gagné d'autant plus que le petit nouveau ne s'est pas laissé faire. Ça n'a pas été une mince affaire de modifier le moteur  tout le boitier électrique pour qu'il fonctionne en monophasé. Et s'il marche, c'est bien grâce à Olivia qui s'est démenée sur cette affaire. Merci! Allez, on blinde le tout de romarin et c'est parti!
Reprise des planches d'hysopes. Le motoculteur, sur les restanques, c'est du sport!
     La fin de l'hiver approche, après avoir fumé les champs, c'est le moment de travailler le sol. Toutes les parcelles de plantes pérennes sont desherbées et nettoyées. Olivia, en stage à la ferme fait son baptème de motoculteur. Après un léger travail du sol, on attèle le buttoir, on reforme les planches, recreuse les raies d'irrigation. Et voilà, c'est prêt pour semer, pour planter. On peut dire au revoir au motoculteur jusqu'à l'année prochaine. A partir de maintenant, tout le travail se fera à la main.
Les verveines sous la neige.
L'hiver n'avait pas dit son dernier mot. Il a fallu ranger les outils, rentrer du bois, se mettre au chaud. Mais cette fois... les signes du printemps qui arrive sont là. Les oiseaux l'ont dit.
Le retour des grues, les premières fleurs. C'est une des choses que j'aime le plus dans mon travail, être aux premières loges de ce spectacle qui m'émeut autant chaque année.

jeudi 5 octobre 2017

"Et l'été déjà mort n'avait pas une ride"


  Ce n'est pas par hasard que je commence ces lignes par une citation de Marcel Pagnol. Car cet été! Cet été... Je ne le regretterai pas. Trois mois sans aucune goutte d'eau, et de grosses chaleurs à n'en plus pouvoir. Arroser, toujours, tous les jours à se prendre pour Jean de Florette. 
  L'arrivée de l'automne est un soulagement, même si de l'eau il n'en est toujours pas tombé au moins travailler redevient agréable.

La cueillette quotidienne des fleurs : Mauve, bleuets, pavots de Californie. Deux heures de cueillettes tous les jours pendant l'été. Malgré la répétition, je ne peux que rester émue devant les paniers et une joie particulière m'anime lorsque j'étale les fleurs dans les claies du séchoir.

   Malgré tout, ce fut une belle saison même si elle a demandé beaucoup d'efforts. Des centaines de kilos de plantes ramassées, effeuillées, séchées et mises en sac ou transformées. De beaux moments de partage avec les ami-e-s venus filer la main pour effeuiller la mélisse ou mettre les tisanes en sachet en papotant.


Cueillette du millepertuis (à gauche) et de l'hélichryse (à droite) pour les mâcérations huileuses à partir desquelles je fabrique les baumes.





  Des moments de découragement quand les chaudes journées s'étirent, à n'en plus finir. L'envie de tout envoyer bouler, pour aller se baigner au lac ou à la rivière, et puis mince! Finalement y aller, avec une bonne bière fraîche, le marmot, et un bouquin. Et puis rentrer, arroser, désherber, profiter d'un semblant de fraîcheur. Le meilleur moment de la journée!



    Je vais un peu vite en disant que la saison est finie, car en octobre c'est reparti pour de grosses cueillettes de plantes. Menthes, mélisse et verveine sont reparties de plus belle. Même l'hysope à refleurie! Tous les jours, des draps de plantes à effeuiller m'attendent. Mais les oiseaux sont revenus! Et tout en travaillant, je ris en regardant un énorme écureuil ayant élu domicile dans mes jardins se chamailler avec les pies pour leur piquer des noix.
Penser (de chaque) du jour : Cueillir, c'est rapide. Effeuiller beaucoup moins.
  Quand les sacs de plantes sèches s'amoncellent et qu'il fait trop chaud pour travailler dehors, je travaille sur les mélanges et je met en sachet, au frais à la maison. Je suis heureuse car ma gamme est prête, une dizaine de mélanges mis en sachet et étiquetés. Ça prend forme!
Confection des mélanges : les plantes sèches sont étalées et brassées sur de grands draps puis mises en sachet.


   Avec l'automne, les envies renaissent, des projets pour l'hiver, pour le printemps. Des questionnements aussi, est-ce que je veux continuer de travailler seule? Ou pas?
   Quelles variétés de rosiers vais-je planter? Damas ou Provins?
 Je liste les chantiers d'hiver, je pense aux vacances qui arrivent et que cette année je vais saisir.
 Et puis je me transforme en commerciale, car il faut bien vendre tous ces produits, prendre ce temps malgré la lumière d'automne qui illumine les jardins et m'appelle dehors.

La danse des papillons sur les échinacées.



Et on finit sur une petite note d'estragon :



À Aurore

George Sand
La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.
Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.
Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.

dimanche 7 mai 2017

Le temps des cueillettes

"J'ai partagé le monde en deux :
d'un côté il y a ce qui est poétique
de l'autre côté ce qui ne l'est pas.
Ce qui est poétique existe à mes yeux,
ce qui n'est pas poétique,
je ne le regarde même pas" 
(Alexandre Romanés, sur l'épaule de l'ange.)


Cueillette de coucous (primevères officinales) et ail des ours en montagne
Merci à ma maman Laetitia pour les photos!

     Et voilà que les gais rossignols et les merles moqueurs sont tous en fêtes, et si nous ne sommes visiblement pas encore  au temps des cerises me voilà déjà au temps des cueillettes. Car voilà, ici en Provence c'est au printemps que tout se joue, et il faut aller vite, courir après les fleurs, les feuilles et les bourgeons. Dans les bois, dans les prés, au bord des ruisseaux, sur les coteaux, les cueillettes s’enchaînent. Dans les épines des prunelliers, des aubépines et des ronces. Dans la douceur de la primevère, de la mauve ou du lierre terrestre. Dans l'odeur souffrée de l'ail des ours. Les mains tantôt noircies par la sève des bourgeons de pin ou du latex des feuilles de figuier, tantôt vertes des feuilles de frênes ou jaunies par le pollen des fleurs de sureau. La cueillette, c'est ma liberté.


Cueillette et séchage des bouquets d'Aubépine, récoltée en bouton lorsque ceux-ci sont bien blancs et bien gonflés, prêts à éclore.

   Après la cueillette, je transporte les plantes au séchoir. Mais la plupart des plantes ont besoin d'être travaillées avant (ou après) le séchage, c'est ce que l'on appelle le mondage. Les feuilles de ronces et de framboisier sont ramenées en vrac, puis les feuilles sont découpées au ciseau. Les feuilles de figuiers sont tronçonnées en menus morceaux. Dans tous les cas, il y a toujours un tri à faire avant ou après le séchage.


Mondage en famille, cueillette de bourgeons de pin

   Entre deux cueillettes et le travail aux jardin, je deviens petites mains, je met en sachet, en flacon, en bouteille. Parfois je deviens aussi graphiste autodidacte afin de concevoir les étiquettes des produits.

Les produits arrivent!

Cueillettes de fleurs comestibles et herbes fraîches
pour les restaurants.
Pressage, filtration et mise en flacon
des extraits de plantes : alcoolatures,
extraits de bourgeons.



 Mais voilà déjà que les jardins m'appellent, il faut préparer le sol pour l'arrivées des plantes cultivées, celles qui ont besoin de nous, de nos soins. Les menthes, mélisses, verveines, hysopes etc.. arrivent la semaine prochaine. Je reprend à contre-coeur la remise en état des faïsses (*parcelles en terrasse). Ras-le-bol des gros chantiers, mais cette fois-ci j'en vois le bout. Bientôt tout sera en place, enfin presque, puisqu'il faut bien toujours des rêves et des projets.