jeudi 29 avril 2021

Faut s'y remettre!

 

On est bien en collines...

La trêve hivernale est finie, et une nouvelle saison commence.

Cette année enfin, le printemps prends son temps et les grosses chaleurs n'arrivent pas d'un coup. C'est un début de saison tout en douceur, avec des journées douces et des nuits fraîches encore. Le stock de bois en prend un coup, mais tout de même j'apprécie de ne pas ne pas retrouver la brûlure du soleil trop tôt.


Cueillette du thym en colline, plus de 300kg de thym frais pour assurer les 
commandes.
Stockage du thym séché en attendant 
de le battre au fléau et de le trier au tamis.





Derniers chantiers d'élagages en tout genre avant la montée de sève.

Les premières cueillettes sauvages de printemps sont faites: bourgeons de pin, thym, aubépine,  lilas. Le sureau s'annonce.

Dans les jardins, Ivan accompagné de Venicio et Toto, ses deux chevaux de trait, sont venus pour faire un travail du sol léger : griffage, formation des planches de cultures pour les fleurs annuelles. Calendula, bleuets, mauve et pavots de californie ont été semés dans la foulée.

J'ai dû barricader les jardins car la pression des sangliers devient trop forte. J'espère que ça tiendra...


Cet hiver, le canal d'irrigation nous aura donné du fil à retordre. Une galerie était bouchée et avec les voisins et voisines nous avons dû travailler dur pour le déboucher afin d'avoir de l'eau cette année. 

Mais nos efforts on payé, et l'eau et là. Et le canal continue de couler comme il le fait depuis cinq cents ans.

Une belle journée de travail avec Ivan et les chevaux sur les restanques.
Passage de la griffe, et formation des planches à l'aide d'un buttoir.




Premières cueillettes : bourgeons de pin sylvestre pour l'herboristerie. Celui-ci est 
ramassé au moment où il se réveille et gonfle, mais avant qu'il ne s'allonge trop.
 Fleurs de lilas pour la savonnerie. Je les ramasse lorsqu'une partie de la grappe est
encore en bouton afin de conserver une belle couleur au séchage.

mercredi 20 janvier 2021

Le temps de la paresse.

 Une saison de plus qui s'achève avec la dernière cueillette, celle du fenouil en octobre. Les dernières récoltes de menthe, de mélisse, de verveines, avant que ne parviennent les premiers coups de froid, et les jours trop courts pour travailler.

Récolte de 200kg de fenouil sauvage. Non non c'est pas pour le pastis! Quoi que...
La cueillette s'effectue à la faucille ou au couteau serpette en période mixte floraison/fructification, puis est coupé en tronçon d'un ou deux cm à l'aide du hâche paille.

Le rythme s'apaise, l'heure est au repos. En décembre, on ressort un peu prendre l'air pour ramasser les olives. Comme chaque année les gens sont dans leurs oliveraies, ramassent leurs olives. Au moulin, ça s'agite de partout. Ça sent l'olive fraîche, et l'huile bien sur. Comme chaque année.

Les filets sont déployés, les olives tombent, le froid nous grise, on râle contre le vent, on s'exclame au soleil. Comme chaque année.

Petite récolte de houblon sur les restanques, pour la pharmacie familiale. Les cônes ou fleurs femelles sont récoltés en fin d'été, début d'automne, alors qu'ils sont plein de cette poudre jaune que l'on aperçoit sur la photo: la lupuline. C'est celle-ci qui donne son amertume à la bière, mais c'est elle également qui confère au houblon une grande partie de ses propriétés médicinales.

Dans cette immuabilité, celle qui agite les choses essentielles, j'y trouve ma base et mon réconfort. Peu importe ce qui vient nous ébranler, quand plus rien ne semble tenir debout, autant se rapprocher du sol. Se rappeler que dans ce métier je peux venir puiser de quoi m'enraciner suffisamment solidement pour affronter tous les vents. 

Quand tu essaies de faire fuir des sangliers un peu trop familiers, mais qu'ils trouvent ça trop marrant comme jeu! 


Il y a des choses à réparer. Des terres à fumer, à amender, à rendre plus fertiles encore. Des idées à imaginer. De celles qui ont besoin de l'hiver pour accomplir leur gestation. Qui se nourrissent des joies mais aussi des pires tristesses puis transforment tout cela en quelque chose de nouveau. 
Pour être alchimiste, il suffit d'être vivant.

Comme chaque hiver, plantation de quelques arbres : c'est le rituel! Et contrairement à la plupart des rituels, celui-ci donne des fruits!

Des choses à réparer, il y en a en hiver. Entre les manches d'outils cassés, les tronçonneuses en panne, les robinets qui fuient, les mandolines à trois cordes,  et puis tout ce qui a pu un peu se déglinguer en soi c'est l'heure de prendre soin, de recoller les morceaux. Voilà pourquoi j'adore l'hiver. Parce que plus le temps passe, plus s'impose cette idée que le fait de prendre soin est une des plus belles choses que nous puissions accomplir. Une de ces  choses qui passe inaperçue, à laquelle on donne peu de valeur. Et pourtant... Il y a tant de choses dont on a oublié de prendre soin que l'on commence à peine à prendre conscience des conséquences de ce manquement.

La nouvelle cabane/atelier est finie! Les champs sont amendés cet hiver de basalte volcanique, de fumier, de poudre de corne et de broyat végétal afin de stimuler la vie du sol. J'ai ré-emmanché mon outil fétiche. Une vieille houe triangulaire Cévenole. J'adore travailler avec, en une demi-journée, une restanque en jachère est prête à recevoir les futurs rosiers! 


Ce temps précieux de l'hiver, où il est possible de se plonger dans un bouquin sans culpabiliser de prendre du retard, de faire de la musique, de donner du temps dans des projets collectifs et tant d'autres choses dont seul le fait d'avoir du temps peut ouvrir l'horizon.

Je sais que cet état, cette chance,  ce bonheur que le travail ne soit pas l'épicentre de l'existence mais une activité parmi d'autres souvent plaisante et qui a sa période de veille, cela on nous l'a volé. On a fait de nous des esclaves, bien que nous nous plaisons à nous penser libres alors que l'on nous vole la plupart de notre temps à travailler pour que d'autres s'enrichissent sur notre dos. Que l'on est censé être fiers de mener une telle vie, car ce serait une chance, bien que cela ne laisse que très peu d'espace pour notre créativité,  nos élans et nos joies. Travailler le moins possible, telle devrait être notre fierté, car dans le monde vivant la paresse à toute sa place. Il n'y a que l'être humain contemporain pour mettre le travail sur un tel pied d'estale et à l'ériger en valeur absolue.

De  cela, il serait bon de se libérer, et à  ceux qui s'en offusqueraient répondre que s'ils y tiennent tant, qu'ils fassent à leur guise. Quand à nous autres, nous pourrions  enfin remarquer les roses qui fleurissent en hiver.

Rose d'hiver, en pleine floraison dans le jardin ce jour : 20 janvier 2021
Néflier et romarin en fleurs.







vendredi 4 septembre 2020

L'été et notre vie étions d'un seul tenant

 

Luttons pour les roses, pas seulement pour le pain!


L'été nous entraîne, éclatant, 

dans ses heures dansantes qui s'étendent

provoquant l'ombre et la nuit

poussés dans leurs retranchements.

Dernier voyage dans la colline pour la cueillette du romarin.

La chaleur se blottit

peau à peau

incandescente.

L'ombre précieuse des noyers - récolte des feuilles

Et la fraîcheur de la nuit

N'est plus qu'un souvenir fumant.

L'heure est solaire

de lumière est son sang.

Après la cueillette, le plantain est hâché à l'aide du hâche-paille.



" EVADNE

L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant).

C’était au début d’adorables années
La terre nous aimait un peu je me souviens. " (René Char)


Le millepertuis est la plante qui sait le mieux rendre hommage à l'été.

dimanche 3 mai 2020

Le grand retour


Reprenons le fil...
Cela fait un bon moment que je n'ai rien écrit ici. J'avais un peu délaissé ce blog pour d'autres activités, d'autres envies.
Et puis voilà, ça me reprend.
Peut-être un effet du confinement, qui à nouveau me donne envie de raconter le quotidien de mon métier. 

Tri de l'aubépine séchée : dans l'idéal on récolte sur les bois de l'année afin d'éviter un maximum les "branchettes",
mais il en reste toujours, alors à l'ombre du mûrier, on trie jusqu'à obtenir un joli produit.

Ici nous ne sommes pas "en guerre", contre  le vivant. Il n'y a pas d'ennemis, pas d'herbes "mauvaises", d'insectes "ravageurs". Le temps n'est pas celui que l'on voudrait nous imposer, mais le rythme des saisons, ponctué par le débourrement des bourgeons, l'éclosion des fleurs, l'arrivée ou le départ des migrateurs, la course du soleil ou bien l'éclatement d'un orage.

Où que se tourne le regard, c'est une loi bien autrement plus profonde que celle que nous font subir nos gouvernants, qui régit les journées. Tant de fois, alors que je vaque à mes occupations, je me dis que j'ai la chance à travers ces gestes, si anciens et emprunts de sens, de pouvoir sentir. 

Récolte de l'Aubépine : je fais le tour des haies des prairies qui m'entourent, car c'est ce milieu qu'elle affectionne.

De me sentir vivante. Avec tout ce que ça implique. La douleur d'une épine. Les brûlures du soleil. La caresse d'une brise, ou le fouet du mistral. La fatigue. L'émerveillement. Les pierres qui roulent sous les chaussures. La peur de ne pas retrouver son chemin quand la nuit tombe. Le froid qui mord, et la simplicité de faire un feu lors d'une pause.
Toutes ces sensations qui peu à peu disparaissent de nos vies, jusqu'à les vider entièrement de leur essence. Jusqu'à nous vider nous aussi, comme si la nature était quelque chose d'extérieur à nous, mais alors de nous que reste-t-il? 
Où est notre vitalité? Celle qui nous permet d'agir sur le monde, plutôt que d'errer, fatigués et cernés, l'échine courbée?

Dans mon métier, je suis un animal comme les autres.
Pas plus, pas moins.





Le fait de cueillir des plantes sauvages, et ne pas être seulement "agricultrice", me nourrit énormément. Car c'est un tout autre rapport que de chercher à tirer profit de la terre en la cultivant, même respectueusement. En cueillette, on se rappelle qu'on peut vivre sans exploiter ni dominer quiconque ni quoi que ce soit. 


Tri du sureau avant séchage, résultat une fois sec.

Sur la ferme, c'est le temps des cueillettes de printemps, des semis, des plantations.
Après un début de printemps très sec, la pluie très attendue a fini par arriver. Chaque année la même rengaine, les cueillettes se succèdent, les journées rallongent, on s'émerveille de la beauté du mois de mai comme si c'était le premier. On retrouve les gestes, rouillés de la saison précédente mais qui reviennent vite.


Les jardins qui s'éveillent.


Des journées fatigantes et bien remplies. Parfois des doutes, de la lassitude, l'envie de faire un peu autre chose, mais jamais d'ennui. 





mardi 31 juillet 2018

Lavande et compagnie




  C'est une des dernières cueillettes de l'été, avec l'Origan à la Sarriette. Cette année, je pars la chercher bien haut, à environ 1800 mètres d'altitude car je suis un peu en retard. La reine de notre Provence, bien loin des champs de lavandins bling bling où des hybrides poussent bien dans le rang, elle s'épanouie en altitude, sur des coteaux bien exposés. 

Elle n'a besoin de personne, et pourtant, chaque année elle est là. La lavande vraie sauvage.

On s'incline pour la cueillir, car on a pas affaire à n'importe qui mais à une plante médicinale majeure. Si tout le monde croit connaître la lavande, peu la connaissent en réalité tant la lavande vraie se différencie du lavandin par  son parfum, sa finesse, sa saveur, et ses propriétés médicinales exceptionnelles.



    Notre petite équipe équipée de faucilles et draps part arpenter la montagne. Cette cueillette est physique, et même s'il fait bien plus frais qu'en bas il ne faut pas compter avoir de l'ombre pendant la cueillette. Les draps de plantes pèsent lourd est c'est à flanc de coteau qu'il faut grimper, grimper encore parmi les cailloux, les sarriettes, enivrés par le parfum de la lavande, les doigts noircis par son huile essentielle. Malgré la fatigue, une sensation de liberté unique.
 Nous en redescendrons 150kg frais, qu'il faudra encore sécher, battre puis tamiser afin de ne garder que les fleurs d'un bleu profond.

Entre deux journées de cueillette, il est important de trouver un endroit confortable pour camper! Si en plus le lieu est carrément magique, remerciez la vie, sautez dans l'eau, mangez un bout et allez vous coucher!

   Pendant ce temps, la récolte des plantes cultivées bat son plein aux jardins.
Deuxième coupe de menthe, de mélisse, de verveine, d'estragon. Cueillette des fleurs : mélilot, mauve, calendula, hysope, camomille romaine.

   Les draps de plantes sèches attendant d'être effeuillées ou mondées s'amoncellent. Les sacs de plantes s'entassent dans l'atelier. C'est le moment le plus difficile de la saison, il fait chaud, la fatigue se fait sentir et pourtant il faut tenir encore un peu.

  Chaque orage est le bienvenu, chaque pause à la rivière également.

Fleurs de mélilot
Hysope et calendula







mardi 26 juin 2018

L'heure du tilleul

Magnifique compagnon pour trois jours de cueillette

    L'heure du tilleul n'attend pas. Une semaine tout au plus en suivant les arbres et leur exposition. Après il faudrait monter, suivre les floraisons en montagne. 


A l'aide d'une échelle à olive pour les premiers étages de l'arbres, ou d'une grande échelle pour les étages supérieurs, les bractées sont ramassées par poignées. Avant de ranger les bractées dans la saquette-un sac de toile que l'on porte à la taille ou que l'on accroche à l'échelle- on retire les feuilles ou les branches que l'on aurait attrapé avec les fleurs.
Régulièrement, il faut vider la saquette dans de grands draps disposés à l'ombre. Je ramasse environ trente kilos de fleurs fraîches par jour, mais il est rare que je fasse des journées entières de cueillette car il est difficile et peu agréable de tenir une longue journée en permanence sur une échelle.

    La cueillette du tilleul est rarement une cueillette solitaire. Cet arbre tient compagnie à l'Homme depuis si longtemps que bien souvent je vais cueillir le vieux tilleul de la ferme, de la maison, de la place. Si d'habitude les gens me regardent avec étonnement quand je suis en cueillette, quand vient l'heure du tilleul les regards s'éclairent de suite. "Oh vous cueillez le tilleul, quand j'étais petite nous le ramassions avec les autres enfants pour gagner trois sous, on nous l'achetait trois francs le kilo".

  Les bourras (grands draps de jute) remplis de tilleul dans les greniers, les collecteurs qui négociaient le prix des fleurs, l'infusion du soir partagée en famille, les souvenirs fusent. Les histoires se racontent. Ce qui est certain, c'est que le tilleul veille toujours sur nous et profite encore de notre affection profonde.
Cueillette du matin

s'en va au séchoir.

"En suspend,
Étrangère dans un pays qui n'est pas le mien
Accueillie par le bruissement des feuilles
par les bourdonnements du peuple de l'air
Je saisis les bractées par poignées.

En cet instant, quiconque me parlerait
troublerait mon geste.
Sauf cette vieille femme qui me conte et me raconte d'en bas
la même histoire.

C'est elle qui a planté il y a de cela plus de trente ans
ce tilleul dans lequel je me meus.

En équilibre sur deux branches
qui balancent au rythme du vent
Les mains collantes de miellat,
J'ai conscience que le plus grand luxe
que m'ait octroyé la vie
est d'avoir le temps, et l'espace
pour penser."


Merci à Aline, compagne de cueillette, pour les photos ;-)

dimanche 3 juin 2018

Entre deux averses

Courir pour cueillir entre deux averses,
Scruter le ciel et la météo,
Apprécier tout de même de n'avoir toujours pas commencé d'arroser quoi que se soit, au mois de juin, en Provence.

     Je vois à peine le bout des cueillettes de printemps. Bourgeons de pin, thym, coucou, aubépine, coquelicot, ronce, framboisier, sureau, frêne, je vais, je viens ici et là. Cette année, les cueillettes sont intenses. Beaucoup de plantes ont démarré en même temps, et il pleut beaucoup. La pression est à son maximum pour réussir à trouver toutes les plantes. Je me retrouve à devoir chercher de nouveaux lieux de cueillettes plus haut en altitude pour trouver celles que je n'ai pas eu le temps de cueillir plus bas.
Les pins sylvestres ont démarré tard cette année, et sur mon lieu de cueillette habituel les arbres avaient tellement souffert de la sécheresse que les bourgeons étaient minuscules. Après plusieurs jours de recherche, j'ai fini par trouver une magnifique jeune pinède aux bourgeons nombreux, vigoureux et plein de résines.  Plus de vingt kilos de bourgeons frais c'est ce qu'il me fallait ramasser pour obtenir 12 kilos de bourgeons secs. Bien contente d'en avoir terminé!
La récolte des bourgeons de pin est un long et minutieux travail. Ici, on voit bien le bon stade de récolte. A gauche les bourgeons ont commencé s'allonger mais sont encore bien fermés et font moins de 2,5cm. A droite, c'est trop tard, les bourgeons s'épanouissent pour libérer leur pollen.
Parfois on y croit plus, et c'est à ce moment là qu'on trouve ce qu'on cherche, et parfois même ce que l'on ne cherchait pas.
C'est ce que je me suis dit en travaillant avec cette vue sur le lac de Sainte Croix.
   Malgré les aléas de la météo et des saisons, je suis quand même très contente cette année. Je me sens à l'aise. Pour la première fois peut-être j'ai en tête le déroulé de ma saison et je suis sereine. 

L'année dernière, au 20 avril les prairies de ce même lieu étaient jaunes de coucou. Cette année, au 10 mai, il n'y avait presque rien encore. Malgré tout retrouver la montagne est toujours une grande joie. Et puisque les coucous sont encore fleuris en juin, c'est bientôt le moment d'y retourner!
    Malgré tout, il y a beaucoup de travail, et la fatigue accumulée de ces dernières années se fait sentir.
   En plein mois de mai, mon épaule gauche me lâche victime d'une mauvaise tendinite. Impossible de lever le bras ni de faire le moindre mouvement. Si je reprend peu à peu le travail malgré tout, je remercie de tout cœur toutes celles et ceux qui ont été présent-e-s pour me soutenir dans ce moment difficile.

 Souvent, les personnes que je rencontre ont une vision qui relève du fantasme de ce que peut être le métier de producteur-cueilleur de plante. Malgré tout l'amour que j'ai pour mon métier, il n'en reste que c'est un travail très physique avec de nombreux gestes répétitifs et des positions souvent inconfortables, surtout en cueillette.

La cueillette des fleurs à commencé et les claies du séchoir se colorent : roses, mauves, coquelicots. Je suis très fière d'avoir explosé mon record de coquelicots cette année : 3kg secs!!! Autant dire des heures, et des heures de cueillette ( la seule chose que je pouvais faire avec cette foutue tendinite! )
   Maintenant que les cueillettes de printemps se terminent tranquillement avec le tilleul, il est temps de reprendre en main les jardins! Désherbage, beaucoup de désherbage (merci la pluie!), débroussaillage, paillage, dernières plantations. Et puis les premières coupes pour les mélisses, les menthes, et bientôt la verveine.

Aline en stage à la ferme m'aide à pailler les verveines. En haut à droite : les différents bourgeons en cours de macération. En bas à droite : jour de pluie-jour de tri. Après avoir séché les bourgeons de pin, je les passe au tamis avant de finir à la main afin d'enlever les aiguilles.
La mélisse commençait à avoir une maladie fongique. Une bonne pulvérisation à base d'huile essentielle d'origan et de laurier et le problème est réglé. Soigner les plantes par les plantes.
    Les draps chargés de plantes sèches attendant d'être effeuillées ou tronçonnées* s'amoncellent dans l'atelier et occupent les journées pluvieuses.

   Je ne sais pas comment finir ce billet. Peut-être parce qu'il n'y a pas de fin. Peut-être parce que demain le soleil se lèvera, j'accompagnerai mon fils à l'école, puis je rejoindrai les tilleuls en fleurs. Les jours défileront, laissant derrière eux des fleurs fanées et devant des boutons prêts à éclore.



 *entendre coupées en tronçon d'environ 1cm pour l'herboristerie.
Le deuxième séchoir tourne à plein régime, 24h/24. A gauche chargé de mélisse, à droite de menthe marocaine. Et on a pas a pas fini!         Spécial merci à Aline en stage à la ferme qui est devenue une spécialiste en chargement et déchargement de séchoir ;-)